Ce ne fut pas un Patrick tambourinant à ma porte qui me réveilla ce matin..Mais bien ma propre volonté...
Je faisais mes bagages, aujourd'hui, je rentrais à la maison après 14 mois en vadrouille.
Il n'y avait que ça qui puisse me motiver après cette rupture.
J'ouvrais la porte pour descendre dans le hall quand je vis Patrick, le poing levé,prêt à frapper.
-Synchro!
-je sais.On y va? =)
-Tu as tout?
-Oui.
Il ronchonna un truc genre: qu'est-ce qu'elle peut être lunatique! et on prenait l'ascenseur. Il y eut un long silence..
_Tiiink!
On partait vers le van qui nous conduit à l'aéroport.
Après avoir attendu 2 heures inutilement, j'attendais une heure de plus en repensant à ceux que j'avais laissé chez moi.
Comme d'habitude, je pensais que quelqu'un serait là. Une mère, un père ou même un ou une amie...
Quelqu'un,quoi...
Mais...Il n'y avait personne.Je ravalais mon regret et prenais mes valises. Patrick s'en alla avec sa femme, moi j'attendais le bus. Dans le froid polaire breton.
Il se fit bien désirer ce bus...La nuit tombait petit à petit...
Je rentrais enfin chez moi. Mon appart était froid, sans vie...
Je serai seule ce soir.
Et demain soir.
Je n'avais pas faim. Je fis un peu de ménage, consultais mes mails et allait me coucher dans ce lit que je détestais désormais.
De vacances...J'avais besoin de vacances...Un peu d'air...Un peu de famille aussi...
Et mes amies... Lucy et Pauline.
Sinon je finirai par tout envoyer valser...La musique...Le fric...Ma vie.
Sans lui, même pendant cette fichue pause synonyme de rupture, plus rien ne me semblerait agréable...
Comme si je mangeais de la terre, inhalais de la poussière et marchais dans du sable.
Aveugle, sourde et muette.
Comme dans un Flashback, ma vie se déroulerait en noir et blanc jusqu'à ce qu'il réapparaisse...C'était ça, une pause...
Un silence entre deux musiques...Car aucune musique pourrait correspondre à ce que je ressentais désormais...
Le sommeil mis autant de temps que le bus pour me prendre.
Ce fut agréable de se lever de son plein gré et non soumise à la volonté d'un autre. Je fis un tour dans la salle de bain, et une fois habillée, partais faire un jogging...
Je revins ensuite me doucher, me changer et pris la voiture.
Ce soir, j'invitais mes meilleures amies pour une soirée entre copines...Il fallait que je trouve de quoi manger et boire.
Ca allait être bien.
Je les prévenais dès que je revins les bras chargés de bonnes choses.
Pauline déclina l'invitation...C'était un jour spécial pour elle et son chéri...Elle était désolée...
J'appelais Lucy...Bizarrement...tous les couples avaient quelque chose de prévu aujourd'hui...
Bon...tant pis...Je serai vraiment seule ce soir alors...
je rentrais chez moi, résignée...
Je rangeais les denrées et allumais la télé...Je mettais MTV.
Des coeurs ornaient le bord de l'écran...
C'est alors que je compris.
-Ptin! C'est la Saint Valentin!
J'appelais le seul Valentin que je connaissais, pour faire la B.A du jour.
J'en revenais à mes moutons et finissais le ménage que j'avais commencé hier...
Tout sentait le propre à présent...
Ma déco me déplaisait, je refis tout, bougeant les meubles,faisant des allers-retours inutiles...
Cela m'épuisa d'ailleurs...Et me creusa l'apetit...
Je m'engloutis un paquet de chips en me moquant éperduement des conséquences.
Les jours suivant se ressemblèrent énormément...Je m'embêtais seule, chez moi...Je décidais d'aller voir ma famille.
Je frappais à mon ancienne maison...Ce fut papa qui m'ouvrit, autant la porte que ses bras.
-Chérie! devine qui est là!!!!??
Ma mère arriva et afficha un de ses plus beaux sourires...
-Coucou ma Bellana!
On s'installa dans le salon, je leur racontais tout ce qui m'était arrivé en omettant volontairement le passage 'Johannes'.
J'étais dans un instant de bonheur infini....Mes parents, mon chez moi, que demander de plus?
Le téléphone sonna...
-ah! ça doit être Fabou, il doit passer ce soir...
Elle me sourit et décrocha...
Son sourire se décomposa au tout de trente secondes et le nôtre également.
Elle pleurait quand elle raccrocha.
-maman qu'est-ce qui se passe?
-Papa nous a quitté.
Je bloquais sur l'instant..L'instant de bonheur avait filé.
-co...comment?
-arrêt cardiaque à la pêche.
On regardait tous nos pieds. Les larmes coulaient sur nos joues.On se prit dans les bras,comme pour chercher la force de surmonter ça...
Maman se leva la première.
-je vais...Je vais prévenir ton frère.
Elle prit le combiné, composa son numéro et lui annonça la nouvelle.
J'étais encore sous le choc.
Je n'avais jamais été douée pour rester sérieuse dans ces moments-là..J'avais toujours ri nerveusement, contre ma volonté, sous les regards furieux des gens en peine.
Mais aujourd'hui, je fis un effort surhumain.Je fixais mes mains et repensant à lui...J'avançais vers l'autel.
-Je ne suis pas là pour faire des éloges. pourquoi en faire aujourd'hui?Pourquoi attend-t-on l'enterrement de quelqu'un pour dire que c'était quelqu'un de bien?Pourquoi ne pas le faire tout au long de sa vie, lorsqu'il peut l'entendre?
Je soufflais un bon coup.
-mon grand-père était un homme, qui a fait pas mal de choses bien dans sa vie,tout comme des choses regrettables...Se mettre à fumer par exemple...Vous avez tous une vision différente de lui, un avis plus ou moins semblable au miens.Si vous êtes là, aujourd'hui, c'est que je pense, vous l'appréciez...Qu'il avait un rôle dans votre vie. Il est mort en pratiquant sa passion, je pense qu'il est mort convenablement même si c'était trop tôt...Malheureusement, c'est le destin qui en a décidé ainsi.Et nous, pauvres mortels, n'y pouvons rien.
Je respirais un bon coup.
-Tout le monde a son avis sur la vie après la mort. Peu importe lequel, je pense que comme moi, vous espèrez qu'il soit heureux où il est.
Je retournais m'assoir et respirais profondément.
Il fut temps que cela prit fin...Je n'osais pas regarder mon grand père dans cette boîte dans laquelle il se décomposerait avec le temps.Il fallait garder des images positives.
Il faut toujours garder le meilleur, sinon le retour à la réalité est douloureux..Très douloureux même.
Ma mère me complimenta sur mon hommage.Je la pris dans mes bras et lui sussurai ces mots qu'on a tous dit lorsque notre premier poisson rouge est mort:
-il est bien où il est...Ne t'en fais pas.
On rentrait chacun chez soi, dans cette tristesse infinie.
Je restais une semaine à la maison puis rentrais dans mon chez moi personnel où il n'y avait aucune trace d'un décès mal tombé.
Ca me fit mal de me dire que ce décès m'inspirerai sûrement une superbe chanson.. Comme si j'avais besoin de malheur pour être inspirée...
Et pourtant...c'est si vrai...
Que pouvons-nous écrire sur le bonheur?
Pas grand chose, les gens heureux n'intéressent personne.